Octobre 2026 : observation d’un loup en Ille-et-Vilaine
De l’intérêt de la collecte d’images auprès de la population
Un grand canidé photographié d’après une copie d’écran reçue le 18 octobre 2026 (GLB)
Le Groupe Loup Bretagne (GLB) a récemment reçu des images attestant de la présence d’un loup sur la commune de Saint-Ganton, dans le sud de l’Ille-et-Vilaine.
Le 18 octobre, un membre du GLB reçoit par un contact personnel une vidéo et une photo copiées par un smartphone sur un écran d’ordinateur.
On y voit, filmée d’assez loin et comme éclairée par des phares, la silhouette bleuâtre d’un grand canidé. Sur la vidéo, l’animal semble s’intéresser à un arbre présent au milieu de l’image, avant de sortir du champ de la caméra au petit trot. Le fait de ne pas pouvoir analyser des images « de première main » mais seulement des copies nous incite dans un premier temps à la prudence, d’autant plus que nous ne connaissons pas l’identité de la personne à l’origine de ces documents. C’est qu’en la période actuelle, infox et IA jouent à qui mieux mieux de désinformation et de manipulation…
Après quelques recherches pour remonter jusqu’à l’auteur, un contact direct est finalement établi. L’auteur s’avère être une autrice qui veut bien nous confier les images d’origine. Elles proviennent effectivement d’un piège photographique. Le bandeau permet de préciser la date et l’heure : le 16 octobre à 7 h 28.
Un rendez-vous est pris et un membre du GLB se rend sur les lieux, le 30. Le but est double : vérifier la véracité de la localisation de la prise de vue et rechercher d’éventuels indices matériels et/ou biologiques.
Tout doute levé sur l’origine de ces images, la recherche de poils, de fèces ou de traces ne produit pas de résultat. Il est vrai qu’une douzaine de jours s’est écoulée depuis le passage de l’animal devant la caméra, ce qui aurait entaché la qualité d’échantillons biologiques éventuels.
Quel loup ?
Reste alors à porter un regard critique sur les images. Que nous disent-elles, au-delà du fait qu’il s’agit d’un loup ? S’agit-il d’un nouvel arrivant dans la région ? On sait bien que l’automne, octobre en particulier, est une période de départs en dispersion. Et la date d’arrivée conduisant un loup jusqu’en Bretagne n’est certainement pas fixe ! S’agit-il plutôt d’un des quatre loups présents en Bretagne depuis un, deux ou trois ans et que l’on a déjà identifiés à plusieurs reprises ? On l’a constaté, la fin du printemps et l’été 2026 n’ont fourni que très peu d’observations. Un de nos loups mâles ayant atteint sa maturité pourrait bien reprendre son bâton de pèlerin et partir à la recherche d’une femelle en quête, elle aussi, de son futur territoire.
Les images monochromes tournées en infrarouge sont très souvent caractérisées par un manque de netteté et, par définition, elles sont dénuées de nuances de couleurs. Dans le cas présent, elles sont très peu contrastées, ce qui n’en facilite pas non plus la lecture.
Cependant, un pattern de valeurs (clair/sombre) semble apparaître au niveau de l’encolure. Et il n’est pas sans rappeler celui d’un loup bien connu et souvent capturé par des caméras automatiques, photographié et filmé : Nouzil. S’agit-il donc de notre « noisette » à quatre pattes ? Comment en être certain, alors qu’on sait que des phénotypes ressemblant à celui de Nouzil sont assez largement répandus dans la population italo-alpine ? Or, l’arrivée d’un nouveau loup en provenance du Sud-Est n’aurait rien d’improbable.
Notre protocole de photo-identification individuelle est basé sur la création d’une fiche graphique documentant chaque événement de capture d’image. Il comprend aussi des comparaisons avec les portraits dessinés ou des photos ou vidéos d’individus déjà identifiés.
Disons à ce stade que, dans le cas de l’observation de Saint-Ganton et compte tenu des biais photographiques dus au manque de netteté et de contraste, le phénotype de ce loup ne correspond à aucun des loups déjà identifiés par le GLB sauf peut-être à celui de Nouzil, avec lequel il partage plusieurs critères et attitudes spécifiques, comme on peut le constater sur les images ayant servi à effectuer ces comparaisons (voir photos).
Mais Nouzil, on le sait, n’est pas le seul loup à présenter ces caractéristiques. On est donc contraint, comme toujours, à une grande prudence et la question de son identification individuelle reste en suspens. D’autres éléments seront nécessaires : il faudra de nouvelles images et/ou une analyse génétique.
Images et science participative
Ce cas illustre tout l’intérêt de collecter des images auprès de l’ensemble de la population. Dans chaque commune des personnes détiennent des caméras automatiques, chacun (ou presque) est désormais équipé d’un smartphone, et les photographes amateurs ou professionnels ne manquent pas dans la région. Nous recevons donc des images régulièrement. Ces images sont la matière d’une analyse scientifique dont le protocole a été largement présenté sur notre site (voir les articles des 24 septembre 2024 et 21 juillet 2025).
Bien entendu les photos et les vidéos qui nous sont transmises sont de qualité inégale. Mais il faut le dire et le répéter : même une mauvaise photo peut révéler un ou plusieurs critère(s) pesant dans la reconnaissance d’individus déjà identifiés ou bien signaler l’éventuelle détection d’un nouvel arrivant.
Fin octobre 2026, le GLB avait recueilli depuis le 3 mai 2022 un total de 247 photos et 122 vidéos de loup obtenues au cours de 187 événements de captures d’images en Bretagne. Sur ces 187 observations, 80 % ont été documentées grâce à un piège photographique et 20 % par un smartphone ou plus rarement un appareil photo. Sur l’ensemble de ces observations, 48 % ont été réalisées en lumière du jour et 52 % obtenues de nuit.
Trop d’images échappent encore à l’analyse
On l’a vu, les images de grands canidés foisonnent. Mais toutes ne nous parviennent pas. On peut aisément identifier un frein à cette communication : notre site (www.loup.bzh) ne permet pas la transmission de pièces jointes. Un particulier qui souhaite nous faire part d’une observation par piège photo interposé ou par tout autre moyen peut nous en informer via l’outil de contact. Une adresse électronique est alors transmise qui permettra l’envoi d’un message accompagné des images en pièces jointes.
Mais nous savons aussi que de nombreuses photos et vidéos restent bloquées. C’est le cas des documents obtenus et conservés par les chasseurs. Le Groupe Loup Bretagne a adressé une demande officielle et argumentée à la Fédération des chasseurs du Morbihan en septembre dernier. A ce jour nous n’avons reçu ni image ni réponse. Nous pensons que la connaissance scientifique doit primer sur les divergences d’opinion et apporter les éléments indispensables à un dialogue constructif avec les éleveurs.