Nouzil : deux nouvelles analyses génétiques

Enquête à la recherche des origines

Photo 1 : Querrien (29) le 18 avril 2025. Un loup émerge de la brume matinale (Photo Marc Monin)

Le 8 janvier 2026, l’OFB communiquait auprès des correspondants locaux du Réseau Loup-Lynx les résultats de la dernière session d’analyses génétiques 2025 du laboratoire ANTAGENE concernant les loups en Bretagne. Deux prélèvements sont revenus positifs. Il s’agit dans les deux cas du même loup, identifié S94-058, confirmant qu’il s’agit d’un mâle de lignée w22, ce qui signe son origine italo-alpine.

20/04/25         LANVENEGEN   Fèces   S94-058   Loup   CLO43/w22  74   0,99   Mâle
11/10/25           LAZ                        Salive  S94-058  Loup   Mâle

Ces deux résultats correspondent en fait au loup que nous avons nommé NOUZIL, un loup caractérisé par un nouveau phénotype (le septième observé en Bretagne) depuis qu’il avait été photographié à Hénon (22) le 15 février 2025.

Ces deux analyses apportent toutefois des informations nouvelles par rapport à ce qui avait déjà été réalisé en matière de génétique sur cet animal. Ainsi, c’est la première fois qu’il a pu être réellement génotypé, c’est à dire que nous avons désormais son identification génétique individuelle.

Deux analyses précédentes avaient simplement réussi à préciser sa lignée, ce qui donnait déjà une première indication quant à son origine, mais sans fournir d’autres précisions.

Loups en captivité - Béatrice Dopita

Une origine italo-alpine

La première donnée génétique pouvant être attribuée à ce loup remonte au 19 février 2025 à Trémargat (22), une analyse de salive sur une plaie de morsure, à l’occasion d’un constat de dommages LNE (« loup non exclu ») effectué sur une brebis morte. Un prélèvement avait été envoyé par le vétérinaire de l’élevage au GeCoLab de l’université de Liège en Belgique, un laboratoire spécialisé dans ce type d’analyses chez le loup. Le résultat reçu cinq semaines plus tard était « loup mâle w22 ». Une information particulièrement intéressante puisque « w22 » correspond à une mutation génétique présente sur tous les loups originaires de la population italo-alpine (Photo 2).

Jusqu’ici, les seuls résultats obtenus depuis 2023 en Bretagne se rapportaient à des loups « w1 », une autre mutation, très répandue au centre de l’Europe et notamment au sein de la population germano-polonaise.

Avec le résultat de Trémargat, pour la première fois, nous avions la preuve qu’un loup présent en Bretagne avait parcouru des centaines de kilomètres depuis le sud-est de la France, ce qui attestait l’existence d’une nouvelle voie d’arrivée de loups dispersants pour le Grand Ouest.

Pilot, Małgorzata, et al. 2010

Berceau d’origine des loups w22. (D’après Pilot, Małgorzata, et al.2010). Les loups porteurs de la mutation génétique transmise par les femelles, caractéristique de l’haplotype w22 (en bleu clair), sont tous issus d’une même lignée originaire de la péninsule italienne. En Europe aujourd’hui, un loup w22 est nécessairement issu de cette population italo-alpine.
Photo 3 : Parcours de dispersion du loup Schwarz (S83-109). (OFB Flash info n° 18).

Deux sortes d’ADN

Cette nouvelle voie venait compléter celle des individus originaires d’Allemagne, tel SCHWARZ, un loup mâle qui avait parcouru plus de 1080 km depuis la Base-Saxe avant d’être génotypé à Sizun (29) le 3 avril 2023 à la suite d’un prélèvement de poils qui s’était révélé analysable. Cette analyse avait permis non seulement de connaître la lignée de ce loup (w1) mais aussi son profil génétique individuel. Et comme il avait déjà été génotypé en Allemagne en novembre 2021 puis en Belgique un mois plus tard, son origine et une grande partie de son parcours avaient pu être reconstitués (Photo 3).

(OFB Flash info n° 18).

Mais pour effectuer ce type de reconstitution, il faut impérativement obtenir un profil génétique individuel, ce qui n’est pas toujours possible. En effet, il faut pour cela disposer de matériel biologique assez frais pour que l’ADN chromosomique présent dans le noyau des cellules de l’animal ne soit pas trop dégradé. Car seul l’ADN des chromosomes présent dans le noyau, noté ADNn, permet un génotypage individuel. Lorsque l’échantillon ne le permet pas, soit parce qu’il est trop ancien, soit parce qu’il est trop pauvre en matériel biologique, il reste alors une autre possibilité : l’analyse d’un autre ADN moins sensible à la dégradation, celui des mitochondries présentes dans les cellules mais à l’extérieur du noyau cellulaire, noté ADNmt. Mais cet ADNmt ne pourra nous renseigner que sur l’espèce, le sexe et la lignée familiale, ce qui est déjà remarquable. C’est précisément le résultat obtenu avec le loup de Trémargat.

Restait à connaître son phénotype pour savoir si c’était bien le loup observé à Hénon qui aurait progressé vers l’ouest…

 

Loup en captivité - Ph. Defernez

Querrien : l’image et la lignée réunies

Une seconde analyse a pu être menée à la suite du passage d’un loup devant un piège photographique à Querrien (29) en avril 2025. Il a été formellement reconnu comme étant NOUZIL et des poils récoltés ensuite sur une branche de ronces par un membre du GLB (Photo 4) ont été envoyés pour analyse au même laboratoire belge GeCoLab.

Photo 4 : Querrien (29) 18 avril 2025. Après le passage d’un loup identifié comme étant Nouzil (phénotype GLB n°7) quelques poils de bourre accrochés à une ronce ont suffi pour échantillonner une analyse génétique confirmant le sexe et la lignée w22 italo-alpine de ce loup. (Photos Marc Monin).

Le résultat était, là encore : « loup mâle w22 » et donc de lignée italo-alpine. Mais nous avions cette fois non seulement une confirmation de la région d’origine avec la lignée mais aussi le phénotype avec l’image identifiée de ce loup.

Un premier génotypage individuel

Deux jours après son passage à Querrien, des excréments ont pu être récupérés à la suite d’une observation à Lanvénégen et six mois plus tard à Laz, un nouveau prélèvement de salive sur proie était réalisé.  Ces deux échantillons étaient envoyés par l’OFB au laboratoire ANTAGENE. Ce sont les résultats de ces deux dernières analyses qui nous ont été transmis en janvier 2026. Dans les deux cas, c’était bien un loup w22. Considérant sa zone de déplacements, ce ne pouvait être que NOUZIL. Et les deux échantillons avaient permis de récolter assez d’ADNn de qualité pour pouvoir effectuer pour la première fois un génotypage individuel. Les pièces du puzzle ont commencé dès lors à former un tableau plus complet : NOUZIL est un loup mâle de lignée w22 italo-alpine et de profil génétique individuel enregistré sous le code S94-058.

Inconnu dans la base de données européenne

Restait à vérifier si ce loup avait été génotypé avant sa venue en Bretagne, pour tenter de préciser son parcours. Malheureusement, l’interrogation de la base de données européenne rassemblant tous les profils génétiques individuels des loups testés à ce jour ne connaissait pas de loup présentant les mêmes séquences.

Pour tenter de retracer son parcours, la génétique ne dispose donc aujourd’hui que de quatre analyses, toutes bretonnes : une dans les Côtes-d’Armor (Trémargat 12/02/25), deux dans le Finistère (Querrien 18/04/25 et Laz 11/10/25) et une dans le Morbihan (Lanvénégen 20/04/25). Mais pour que les données récentes de génotypage individuel puissent offrir la pleine mesure de leur intérêt, il aurait fallu que d’autres échantillons à son nom aient servi à documenter un parcours. Les deux identifications génétiques individuelles pourront servir de référence si jamais ce loup reprenait sa dispersion ailleurs qu’en Bretagne, mais à condition que d’autres échantillons individuels témoignent de son passage, sur le principe des « recaptures » non invasives.

L’apport de la photo-identification

La génétique n’est cependant pas le seul outil à notre disposition pour éclairer son parcours. On peut se tourner pour cela vers la photo-identification, puisque Nouzil a déjà été identifié à 25 reprises, sur photo ou vidéo, depuis sa première observation en Bretagne signalée le 15 février 2025 (Photo 5).

Photo 5 : Cartographie du suivi de Nouzil en Bretagne, par photo-identifications (point rouges) et analyses génétiques (points bleus).
La photo-identification assurée par le GLB a permis de recenser 25 événements de capture d’images accompagnés d’une identification de Nouzil entre le 15 février 2025 (Hénon) à l’est et le 29 décembre 2025 (Châteaulin) à l’ouest. Le suivi génétique a été réalisé à partir de 4 sites de recueil d’échantillons biologiques (points bleus) reliés au parcours de Nouzil.(carte GLB).

Plus intéressant encore : du fait de son pattern de pelage bien reconnaissable et de sa propension à circuler de jour en se rapprochant des habitations (sans compter la fréquentation intensive des élevages ovins qu’il a pu rencontrer tout au long de son périple…), Nouzil avait déjà été abondamment photographié avant son arrivée en Bretagne et la presse régionale s’en était fait l’écho presque partout où il était passé. En étudiant les deux mois qui ont précédé son entrée en Bretagne, nous avons ainsi relevé une douzaine de signalements médiatiques qui documentent son trajet. Il a été observé ou signalé dans la Manche, en Mayenne, dans l’Eure-et-Loir, et dans le Loiret. Huit photos ou vidéos ont marqué son passage dans ces départements (Photo 6).

Photo 6 : Suivi de Nouzil sur 12 mois par photo-identification
Suivi sur plus de 1000 km entre le Loiret (Dammarie-en-Puisaye 15/12/24) et le sud Finistère (Châteaulin 29/12/25). (Carte GLB).

L’origine de son périple demeure inconnue, mais grâce aux 33 captures d’images qui ont permis de l’identifier au cours des douze derniers mois, la technique de photo-identification est en mesure de retracer plus de 1000 kilomètres de son parcours de dispersion depuis le centre-est de la France jusqu’à ses multiples déplacements à l’intérieur du domaine vital qu’il occupe désormais en sud-Bretagne.

Des méthodes complémentaires

On dispose donc avec Nouzil d’une illustration particulièrement saisissante de l’existence d’une complémentarité entre les différentes méthodes d’analyses génétiques et la technique de la photo-identification qui, ensemble, permettent de mieux documenter les flux de dispersion des loups qui parviennent jusqu’en Bretagne.

29/01/2026