Loups : un été 2026 difficile
Louargann à Plounéour-Menez le 8 août 2026 (photo PNR d’Armorique)
Au début de l’été, les trois loups que nous suivions depuis des mois ont semblé avoir subitement déserté. En juin et juillet, aucune image n’est venue attester de leur présence en Bretagne. Effet des canicules ou pire encore ? L’espoir est revenu en août avec les premières preuves de vie. Mais l’été a aussi été porteur de bien mauvaises nouvelles sur le front de la protection de l’espèce. Retour en images et en infos pour dresser un premier bilan d’un été pas comme les autres.
Le mois de mai avait été riche en images de loups. Menez, Loargann et Nouzil avaient pu être identifiés, chacun sur son domaine, grâce à 9 événements de capture d’images analysés par le GLB. Un bilan mensuel qui totalisait 7 vidéos et 9 photos.
Mais les deux mois suivants allaient être ceux de l’attente et du doute : juin, rien ; juillet, toujours rien, pas une seule image de loup…
Disparition inquiétante
Pour expliquer cette absence, les hypothèses ne manquaient pas. Parmi celles-ci, une pause estivale déjà observée les autres années, mais plus marquée cet été-là, ou bien l’effet des canicules successives ayant particulièrement affecté la Bretagne, qui auraient obligé les loups comme leurs proies à rechercher l’abri du couvert végétal. Une prédation sur bovin intervenue le 3 juillet dans l’est des monts d’Arrée pouvait constituer une preuve de vie, mais sans image pour la confirmer. On en est venu à évoquer une éventuelle disparition pure et simple, qu’elle soit due à une reprise de la dispersion, à une mortalité naturelle ou même à du braconnage, encouragé par les évolutions réglementaires qui allaient toutes dans le sens de l’autorisation des tirs d’élimination… Mais il était peu vraisemblable que cela affecte simultanément les trois individus dont on avait pu constater la présence en mai et juin.
Loargann, le retour
Il a fallu attendre le mois d’août pour que Loargann refasse parler de lui. Le 8 août, une vidéo de 9 secondes, relevée sur une caméra-piège dans la commune de Plounéour-Ménez, le montrait en train de lever la patte pour marquer son territoire, à l’endroit précis où il avait commencé à le faire fin janvier. Loargann était bien vivant !

La luminosité insuffisante du petit matin ne permettait pas de détailler son état physique, mais son comportement semblait plutôt rassurant. Il fallut attendre le 24 août pour avoir une autre preuve de sa présence. C’était bien Loargann, toujours fidèle à sa souche et arborant sa tache maxillaire ourlée de sombre si caractéristique. Mais son profil avait de quoi laisser perplexe : en plus de la pâleur générale atténuant tous les contrastes, une impression de sveltesse, un museau fin, des jambes de gazelle…

Ce Loargann-là n’était plus le loup trapu au large collier de favoris et à l’épaisse fourrure hivernale qui avait été photographié sur ce même site au mois de février. Une mue et trois épisodes caniculaires étaient passés par là.

Il n’est pour autant pas possible d’affirmer à ce stade que cet été si particulier ait pu entraîner une dégradation de l’état physique des loups présents en Bretagne. Par ailleurs, deux nouvelles attaques ont été signalées dans le Finistère, la première le 19 août sur deux chevrettes à Sizun, une autre le 21 août sur une génisse à la Feuillée suivie d’une vidéo de Loargann dans les parages trois jours plus tard. Dans les deux cas, des bénévoles de l’association FERUS sont intervenus ensuite. Voilà qui laisse penser qu’au moins un loup breton a survécu à l’été 2026, même si Quenec, Nouzil et Menez manquent toujours à l’appel fin août.

Une espèce protégée ?
Mais l’été 2026 est aussi celui qui a vu s’accumuler de graves menaces sur le front de la protection du loup. Le niveau des hostilités était monté d’un cran dès le 17 avril avec Monique Barbut, ministre de la Transition écologique et de la Biodiversité (et ancienne directrice de WWF France !) qui déclarait dans le Finistère : « Là où le loup ne doit pas être, il faut le tirer ». Le 10 mai, on apprenait la capture d’une jeune louve en Seine-Maritime (était-elle sur le chemin de la Bretagne?) suivie de cette décision insensée prise par les autorités de la relâcher dans les Alpes. On en connaît depuis les conséquences avec ce dénouement tragique pour une espèce protégée : équipée d’un collier GPS, la louve nommée Pomme était abattue sans raison évidente par un tir de défense le 16 juillet après un parcours dans le massif alpin de plus de 600 km en 65 jours.
Pendant ce temps, le 10 mai, la préfecture du Finistère publiait un récépissé de déclaration accordant à un éleveur de moutons à Dinéaut (29), par ailleurs responsable syndical à la Coordination rurale, l’autorisation de pratiquer des tirs de défense contre des loups autour de troupeaux non protégés. Le 9 juillet, plusieurs associations (One Voice, BV, LPO) intentaient un recours en justice contre cette décision (voir aussi la « lettre d’un loup » publiée par le GLB). Un recours couronné de succès puisque le 14 août, le Tribunal administratif de Rennes suspendait l’autorisation de tirs.
Les 20 et 21 juillet voyait aussi l’adoption par l’Assemblée nationale de la Loi d’urgence agricole qui abaissait encore le niveau de protection accordé aux loups sur tout le territoire français.
On rappellera simplement que le loup reste une espèce protégée et que partout où les mesures de protection des troupeaux ont été mises en place, les attaques sont en recul dans des zones où les loups sont installés depuis longtemps. Les études scientifiques les plus récentes ont démontré que les tirs n’étaient pas une réponse satisfaisante sur le long terme pour les éleveurs. La protection des troupeaux doit rester plus que jamais un objectif d’actualité.